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ALBERT POULAIN

> Contes gallos de Haute-Bretagne

Samedi 21 mars 2009 à 20h30
Dimanche 22 mars 2009 à 17h
Maison des Cultures du Monde
101 boulevard Raspail - 75006 Paris

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Curieux pays que cette Bretagne qui enfante des créatures si pleines de dons, qu’il leur arrive de vivre, en même temps, des existences différentes, dans des mondes éloignés ! Tel serait le cas d’Albert Poulain de Pipriac, s’il faut en croire le dixième de millionième de ce qu’il conte !

Albert Poulain appartient à ces gens de l’air qui ne dédaignent ni les eaux, ni la terre. La terre de cet homme – mais peut-être aussi de ce cabri, ou faune, ou farfadet, ou korrigan – porte le nom de son village en Pays de Redon, ou en Ille-et-Vilaine, selon les cartes.

Voilà bien un demi-siècle qu’il court la lande, à la recherche d’histoires, de récits et de légendes, mais aussi de chants et d’airs à danser. Passant la tête dans les maisons, il sourit à la « foume » qui repasse le linge, ou donne un coup de main au mari qui « serre les pommes ». Humant le café, et fermant les doigts sur le fin collier de barbe grise qui encadre son visage pétillant, aux yeux incroyablement vifs, il écoute l’histoire du tracteur, parti vers le pont de la rivière sans conducteur ou se fait répéter la chanson de l’aïeule.

Il n’interprète que ce qu’il a collecté, dans le même esprit que celui des gens dont il détient le savoir. À la manière d’un conteur africain, il aime à citer ses sources.

Plus de deux cents contes, plus de mille cinq cents chants et refrains passent dans la mémoire d’Albert Poulain qui ne cesse de s’enrichir, en langue française comme en gallo. Il possède un art véritable de traduire le vieil idiome local, en lançant des tournures françaises en refrain. Chaque auditeur acquiert ainsi l’impression de comprendre la langue médiévale de Bretagne.

Il entame une chanson de sa voix déliée, forte, mais pleine d’émotion, grâce à un léger vibrato de terroir : « Allons à Châteaubourg pour y accomplir nos amours… ». Et puis le voilà qui s’anime en contant. Il tourne ses bras devenus moulins et lance dans des cheminées imaginaires, des barils de cidre, des vaches, des tonneaux de pièces d’or. Il coupe un nez, plante une queue fourchue au milieu d’un visage et joue les sculpteurs des chapiteaux de vent.

Justement, il faut préciser que son talent ne se borne pas à l’oralité ou à la recherche de paroles.

Architecte de son métier, il recense les beautés du « petit patrimoine » de sa région : fours, puits, chiens assis, croix, calvaires. Il photographie, dessine, dresse des plans, compile et écrit.

Non content de publier, il enregistre des chants, voyage en Bretagne, en France et à l’étranger afin de transmettre, de ravir et de faire rire. Il reçoit plusieurs prix pour son travail sur les traditions populaires, lui-même constituant un fleuron vivant du patrimoine immatériel.

Françoise Gründ