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• Algérie

BEIHDJA RAHAL

> Chant arabo-andalou d’Alger

Mardi 1er avril 2008 à 20h30
Nûba Zîdan, hawzi et 'arûbi
Mercredi 2 avril 2008 à 20h30
Nûba Hsîn, hawzi et 'arûbi
Maison des Cultures du Monde
101 boulevard Raspail - 75006 Paris

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Voici une douzaine d'années, Beihdja Rahal s'affirmait comme l'une des voix les plus prometteuses de la tradition classique algéroise de la san'a, une musique multiséculaire que les Algérois appellent familièrement “l'andalou” et qui constitue l'un des six grands styles de musique arabo-andalouse du Maghreb.

Aussi est-il étonnant que cette jeune femme qui a choisi de s'établir en France en 1992 ait fait l'essentiel de sa carrière dans le monde arabe où elle se fait régulièrement applaudir dans les plus grands festivals de Tunis jusqu'à Fès.

Tradition très ancienne, la san'a semble avoir été portée pendant plusieurs siècles par des chanteurs masculins. C'est oublier qu'à l'époque d'Al-Andalus, c'étaient les voix féminines qui dominaient. Le travail de Beihdja Rahal renoue donc avec une pratique très ancienne, tout en prenant acte de l'évolution constante de cette musique au cours des quelque huit siècles de son histoire.

Beihdja Rahal est née en 1962 à Alger dans une famille où la pratique de la musique arabo-andalouse est chose courante. Elle étudie la musique avec les grands maîtres de l'époque, notamment Mohammed Khaznadji et Abderrezzak Fakhardji, apprenant le chant et le jeu de la kwîtra, le luth emblématique de l'orchestre andalou algérien. Elle complétera sa formation au sein des associations algéroises les plus prestigieuses, El Fakhradjia et Es-Soundoussia.

Ces associations se caractérisent cependant par de gros effectifs instrumentaux et choraux. Soucieuse d'un certain retour à la tradition – encore un – Beihdja Rahal rompt avec cette approche symphonique et opte pour le chant en solo accompagné par une petite formation de chambre comprenant la kwîtra, le luth 'ûd, le violon ou l'alto, la mandoline, la flûte nây, la cithare qânûn, le petit tambourin à sequins târ et la darbukka. L'interprétation y gagne en liberté, et donc en flexibilité et en complicité. Elle permet surtout un retour à l'hétérophonie, ce chevauchement des lignes musicales qui est un des fondements de l'esthétique musicale maghrébine. L'effectif de chambre magnifie la voix de Beihdja, sa chaleur sensuelle dans les médium, ses aigus séraphiques, la souplesse du mélisme et l'émotion dans le vibrato.

Le répertoire comprend douze nûba ou suites vocales et instrumentales. Chaque nûba est composée dans un mode musical différent et ses mouvements, structurés par des rythmes spécifiques, se succèdent toujours dans le même ordre. La contrainte est grande, mais loin de figer cette musique elle lui laisse au contraire un grand espace de liberté. En effet, à chaque nûba correspond un vaste corpus de pièces dans lequel les musiciens puisent à leur gré. Chaque interprète peut ainsi interpréter sa ou ses versions d'une même nûba.

C'est pourquoi après avoir enregistré une première intégrale des nûba algéroises, principalement pour le marché algérien, Beihdja Rahal en entame une seconde en collaboration avec la collection INEDIT/Maison des Cultures du Monde.

La san'a a aussi ses dérivés, plus légers, plus populaires, dont les passages rythmés appellent à la danse, ce sont le hawzi et le ‘arûbi. Dans ces chants aux thèmes bacchiques, la voix de Beihdja Rahal, aérienne et jubilatoire, enivre littéralement son public.

Pierre Bois

> À écouter
Nûba Zîdan et Nûba Hsîn
2 CDs INÉDIT W 260132 et W 260133