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• République Démocratique du Congo

Bobongo

> la grande fête des Ekonda dans le style des Batwa

11 et 12 mars 2003
Cité nationale de l’histoire de l’immigration
Palais de la Porte Dorée
293 avenue Daumesnil
75012 Paris

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Avec Bobonga Bola, Lompunga Lokemba, Elima Mputu, Mboyo Bonyongela, Ipaka Looma, Nsambe Mboyo, Botuna Biane, Botembwaka Bekaya, Bakalanjo Nsambi, Mongu Bolili, Nkanga Nkuli, Lokona Mpata, Looka Ingalela, Ngilima Bosuku.
Direction : Paul Bossoké assisté de Bontole Boboli.

Les Ekonda sont un des groupes mongo qui occupent la cuvette centrale du Congo. Ils vivent principalement dans une région de forêts inondées et de marais où ils se sont fixés il y a un siècle et demi environ. Chez les Ekonda comme chez les autres Mongo, on compte un grand nombre de pygmoïdes Batwa qui vivent en symbiose avec leurs "maîtres" Bahutu. Les Batwa s'occupent de la chasse, de la pêche et de la cueillette, tandis que les Bahutu sont principalement agriculteurs et artisans.
Le bobongo est le dernier rite de passage d'un patriarche ou d'un notable défunt (levée de deuil). Ce rituel a ceci de remarquable qu'il réunit les principales formes vocales et chorégraphiques ekonda sous la forme d'un véritable spectable représenté par des chanteurs et des danseurs spécialement entraînés à cela.
Tel qu'il est représenté aujourd'hui, le bobongo fut structuré à la fin du XIXe siècle par un certain Itetele (mort en 1910), originaire du village d'Ikenge et appartenant aux Besongo, un sous-groupe ekonda réputé pour son art chorégraphique (iyaya) et son artisanat. On raconte qu'Itetele, rétif aux travaux des champs, préférait rester à la maison, garder les enfants et les distraire par des fables, des proverbes, des jeux et des chansons. Un jour, il eut l'idée de monter un spectacle à partir des diverses formes du patrimoine ekonda (rites funéraires, invocations aux génies, proverbes, berceuses, chants historiques, danses iyaya...) auxquelles il ajouta des éléments de sa propre invention. Il constitua un groupe de chanteurs, de musiciens et de danseurs et son spectacle eut tant de succès chez les Besongo qu'il fut rapidement invité à tourner dans tous les villages avoisinants. À sa mort, les membres de son groupe poursuivirent son oeuvre et fondèrent des groupes dans plusieurs villages qui essaimèrent à leur tour dans tout le pays ekonda.
Aujourd'hui, un village sur deux ou sur trois possède son propre groupe qui se compose de 12 à 20 personnes. Ces groupes ne sont jamais mixtes ; il y a donc des bobongo d'hommes et des bobongo de femmes aussi bien chez les Bahutu que chez les Batwa. Ces derniers apportent cependant au spectacle un style énergique extrêmement fort qui le distingue de celui nettement plus hiératique des Bahutu. Chaque groupe se compose de deux ou quatre chanteurs solistes qui se répondent, d'un joueur de râcleur, d'un joueur de tambour à fente, d'un choeur et de six ou neuf danseurs. Chaque groupe répète régulièrement dans une clairière en forêt, en général une à deux fois par semaine, parfois plus lorsqu'approche le moment d'une représentation à l'occasion d'une levée de deuil. Le groupe peut aussi bien se produire dans son village ou son hameau qu'à l'invitation d'un village voisin. Il en découle un esprit d'émulation très puissant qui incite chaque groupe à composer de nouveaux chants, à imaginer de nouveaux pas ou des acrobaties toujours plus spectaculaires.

Le spectacle se compose de deux parties : le bobongo proprement dit qui met l'accent sur la déclamation et le chant, la danse étant présente mais moins importante, et l'iyaya qui est une succession de chorégraphies d'ensemble très précises dans lesquelles se détachent ici et là des danseurs solistes d'une grande virtuosité et, dans le cas des Batwa, d'une extraordinaire truculence. L'imagination et l'originalité de chaque participant se manifeste aussi dans la parure et le costume, le corps pratiquement nu est constellé de marques blanches (protections contre les esprits néfastes et évocation du léopard, animal totémique des Ekonda), la taille ceinte de pagnes en raphia et de peaux de bêtes tachetées (animaux prédateurs symbolisant la force), la tête couverte de coiffures en raphia, cauris, plumes et fourrure.
Le clou du spectacle est l'acrobatie finale ibuleyo qui peut prendre la forme d'une pyramide humaine qui se déplace sur l'aire de danse ou bien carrément un échafaudage de 10 mètres de hauteur au sommet duquel quelques danseurs s'installent dans une nacelle qui est précipitée en bas et brusquement retenue dans sa chute à un mètre du sol.
Le chant, d'une grande variété, offre un très bel exemple de l'art plurivocal d'Afrique centrale, avec ses échanges entre couples de solistes soutenus par un choeur bien fourni. L'accompagnement du râcleur, du tambour à fente et des hochets, à la fois dynamique et relativement discret, permet d'apprécier la beauté des voix.
Aujourd'hui encore, le bobongo continue de remplir son office lors des levées de deuil. Mais il peut aussi être représenté en bien d'autres occasions, lors du retour d'un villageois demeuré longtemps absent ou pour accueillir une personnalité, voire à l'occasion d'autres fêtes.
C'est la première fois que le bobongo ekonda batwa est présenté en Europe. Les artistes sont originaires du village de Ngengobala. Leur troupe a été constituée en association par Paul Bossoké sous le nom de Ballet ekonda original, néanmoins l'essentiel de leur activité spectaculaire s'inscrit toujours dans le cadre social traditionnel, notamment à l'occasion des levées de deuil.

DÉROULEMENT TYPE D'UN BOBONGO (susceptible de modifications)
1. Appel tambouriné sur le tambour à fente lokole
2. Le groupe profère ses devises dans lesquelles il se compare au fleuve en furie.
Chaque groupe de bobongo possède ses propres devises basées sur des comparaisons avec des éléments de la nature.
3. Bolondo : entrée en scène.
4. Biamba : invocation propitiatoire aux esprits des ancêtres et aux génies bili - ma pour qu'ils "ouvrent la voie du bobongo".
5. Bobekia : la puissance des esprits a été transférée aux anciens du groupe qui préparent l'espace de danse en le balayant avec leurs chasses-mouches.
6. Itangi : Eloges du défunt, comparaisons avec la nature, moqueries lancées aux autres groupes, chantés en polyphonie par couples de solistes.
7. Invitation du nyangi bobongo, le maître du bobongo.
8. Entrée en scène du nyangi bobongo qui incarne les esprits bilima.
9. Lobala : dialogue entre le nyangi bobongo et son second (bonkomwa). Ils formulent leur propre éloge et celui de leur groupe, se comparant aux oiseaux et aux fauves de la forêt.
10. Ipoto : traditionnellement, cette partie est un dialogue entre les solistes et les villageois. Ceux-ci suggèrent des thèmes d'éloge au nyangi bobongo qui les développe poétiquement et musicalement. C'est aussi l'occasion de prononcer un éloge du défunt.
11. Itangi du nyangi bobongo : Eloges du défunt, comparaisons avec la nature, moqueries lancées aux autres groupes, chantés en polyphonie. Le nyangi bobongo se compare à un animal (par exemple la tortue ou l'éléphant) et imite sa démarche.
12. Iyaya : suite de séquences purement chorégraphiques (esoya, isanga...).
13. Ibuleyo (litt. "final") : le final prend la forme d'une chute du haut d'un échafaudage ou, comme ici, d'une pyramide humaine. Cette dernière séquence conclut définitivement le bobongo.

Pierre Bois

> À lire
Daniel Vangroenweghe, Bobongo, la grande fête des Ekonda (Zaïre), Mainzer Afrika-Studien, Band 9, Dietrich Reimer Verlag, Berlin, 1988, 332 pages.

Remerciements à Monsieur Paul Bossoké et à Monsieur Tony van der Eecken.