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• Musique sacrée d’Egypte

CHANTRES COPTES

> de l’Institut Didymos et de l’Institut d’Études Coptes du Caire

Vendredi 28 mars 2014 à 20h30
Samedi 29 mars 2014 à 20h30
à l'Institut du Monde Arabe

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Ce concert propose de découvrir la tradition musicale d’une des principales Églises d’Orient : l’Église copte orthodoxe d’Égypte.
 
RENSEIGNEMENTS, RÉSERVATION
  
Indissociable du culte, le chant occupe une place essentielle dans cette liturgie. Il se décline en de nombreux genres musicaux, parmi lesquels les hymnes, aux formes textuelles et mélodiques simples, les cantillations des grands textes, les incantations du prêtre, enfin les madîh et les tassabîh qui sont des louanges aux saints. Tous ces chants, monodiques, sont en arabe ou en copte, devenu langue liturgique. Les hymnes sont généralement syllabiques et rigoureusement scandées, le chantre pouvant rester de longues minutes sur une seule voyelle, tandis que les cantillations peuvent être librement ornementées. Ces chants liturgiques, interprétés a cappella, sont pour certains accompagnés de deux percussions : les cymbales et le triangle, joués par les diacres et le chantre. Cet accompagnement vise à conférer enthousiasme et entrain aux chanteurs, tout en les aidant à garder une cohérence rythmique d’ensemble.

  

D’aucuns affirment qu’il s’agirait là d’une tradition musicale plurimillénaire, née du giron de l’Égypte pharaonique et demeurée inchangée des siècles durant.

La pratique musicale religieuse copte s’entoure ainsi d’une aura de mysticisme puissante. Mais en dépit de ces affirmations, les mélodies coptes font l’objet d’une historiographie récente et demeurent encore largement méconnus. Les alhân coptes, dont le sens littéral en arabe recouvre les sens variés de "mélodies", "tons", "modes", "hymnes", ne suscitèrent l’intérêt des orientalistes, des voyageurs et des missionnaires qu’à partir du XIXe siècle. Cette période coïncide avec celle de l’Expédition d’Égypte de Bonaparte (1798-1801) et des premières découvertes égyptologiques. Siècle de la mise au jour d’un patrimoine oublié, à l’intérêt artistique et historique considérable, le XIXe rend également au chant liturgique copte ses lettres de noblesse. Même si nul aujourd’hui ne peut affirmer avec certitude comment se chantait cette tradition musicale et religieuse avant le XIXe siècle, cette dernière n’en a pas moins traversé l’histoire, depuis l’avènement du christianisme jusqu’à nos jours, nourrissant sans peine l’hypothèse d’une tradition aux nombreuses influences culturelles, sémitique ancienne, grecque, arabe et occidentale.
 
À cet engouement pour ce patrimoine musical, s’ensuit dès la seconde partie du XIXe siècle une quête du meilleur chantre, trouvé en la personne du mo’allem (maître) Mikhâ’îl Girgis El-Batanûnî (1873-1957). Décrété garant de la tradition musicale copte, El-Batanûnî fut largement enregistré, d’abord à l’occasion du Congrès de musique arabe du Caire en 1932, puis par l’Institut d’Études Coptes lors de sa création en 1954 dans le quartier cairote de Abbâsiyya. Les élèves du prestigieux chantre prêtèrent également leur voix aux enregistreurs de l’Institut. Leurs chants sont à présent conservés à la Bibliothèque du Congrès (Washington).
 
Les chanteurs invités à l’occasion du Festival de l’Imaginaire s’inscrivent dans la lignée du chantre El-Batanûnî et contribuent à la mise en valeur de chants injustement déconsidérés pendant plusieurs siècles. Désireux d’honorer la mémoire de ses pères, le professeur Michael Ghattas, directeur de la section musique à l’Institut d’Études Coptes et mentor des chantres ici présents, transmet dans un souci de fidélité les hymnes liturgiques. Contrairement à certains de leurs compatriotes, Michael Ghattas et son chœur ne cherchent pas à travestir ce patrimoine sonore en l’« occidentalisant », visant de cette manière à populariser le chant auprès d’un public plus large. Il s’agit pour eux de demeurer attentifs à ce qu’ils estiment avoir reçu de leurs illustres ancêtres.

Séverine Gabry-Thienpont