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• dans le cadre de " francofffonies !" • Nouvelle Calédonie

Chants ae ae

> Danses guerrières des Pwöpwöp

7 et 8 avril 2006 à 20h30
9 avril 2006 à 17h
Maison des Cultures du Monde
101 boulevard Raspail - 75006 Paris

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La musique, les chants et les cris s’élèvent d’un espace caché à la vue des spectateurs. Le rythme s’accélère et les voix des chanteurs manifestent une excitation de plus en plus grande. Les cris aigus, les chuintements et les sifflements s’intensifient, puis tout un groupe de danseurs et de chanteurs de la tribu de Pwöpwöp, accompagné de batteurs qui portent des bambous pilonnants, arrive presque en courant sur l’espace circulaire réservé à la danse.

 

C’est à l’écart des spectateurs qu’ils se préparent, portent leurs costumes en fibres végétales et absorbent un «médicament » ou breuvage secret qui les aide à « se mettre en condition».

 

Les danseurs forment un carré et se placent en quatre rangées devant les batteurs, à distance égale les uns des autres. Le maître de la danse est là, debout à la tête du groupe. À son signal, les danseurs exécutent des mouvements qui font penser au vol d’un oiseau : c’est une danse d’imitation de la buse. Les différentes danses et figures sont exécutées par tout le groupe avec des gestes synchronisés, le rythme s’accélère encore une fois jusqu’au moment où le maître de la danse, d’un geste, intime l’ordre d’arrêter. Moment de silence, retour au calme. Au cours de cette pause, les danseurs sont accroupis, le visage proche du sol, proche de la demeure des ancêtres. À nouveau, un ordre est donné pour d’autres danses d’imitation et des danses guerrières. Au fil des danses, un monde à l’image des mythes, des légendes et des contes de la tribu de Pwöpwöp se crée peu à peu.

 

Le lien des tribus kanak avec la terre et avec la nature est particulièrement fort. D’après les mythes des kanak, ce serait de la nature que les tribus ont appris leurs différentes danses : deux oiseaux, les notous, leur auraient enseigné cet art. Quant aux différents rythmes, ils leur auraient été inspirés par le son de l’eau des rivières ou du ressac des vagues de l’océan.

 

À la fin des figures dansées avec des gestes synchronisés, arrive le moment de la fameuse danse en rond, appelée aussi pilou-pilou et décrite, non sans une certaine horreur, par les colons et les missionnaires qui y voyaient l’expression d’une sauvagerie extrême, voire l’oeuvre du diable. « Il [le piloupilou] eut un succès considérable dans la littérature populaire (...)

Ce parangon de la danse cannibale se voit décrit avec une fantaisie contagieuse chez chacun des auteurs. Ils imaginent une danse concentrant les qualités essentielles de la sauvagerie : cris gutturaux, hurlements, sauts frénétiques, vociférations évidentes, prémices du festin » (Roger Boulay, Kannibals et Vahinés, éd. de l’aube 2000). Cette danse en rond est en fait un moment de participation de l’ensemble de la communauté à la fête ou à la célébration.

 

Dans le nord de la Grande Terre, où vivent les Pwöpwöp, l’arrivée des danseurs est toujours accompagnée par les chants ae ae. Il en est de même pour le rythme du pilou. Seuls chants n’ayant pas été influencés par la musique européenne et les cantiques des différentes Églises, les chants ae ae sont à deux voix. Une des explications possibles de ce nom réside peut-être dans la répétition de ces deux syllabes. Pour les Kanak l’origine de ces chants viendrait de l’eau: coulant sur un rocher l’eau aurait fait éclater la pierre et les chants ae ae en seraient sortis. Ils sont généralement chantés la nuit, et leur sphère naturelle est celle de la danse en rond, ou danse du pilou. Ils sont accompagnés par les bambous pilonnants et les battoirs d’écorce. Les chants ae ae ont souvent un contenu épique et racontent l’origine du groupe. Ils appartiennent à certaines familles et la transmission se fait de père à fils ou d’oncle à neveu. Très physiques parce qu’il faut avoir de l’endurance pour chanter toute la nuit, ils exigent en outre une grande aptitude à l’improvisation et à la composition.

 

Peu connus et rarement présentés en Europe, les danses et chants kanak, à l’instar des traditions du Vanuatu, témoignent de la nécessité de la revitalisation des patrimoines culturels immatériels et de l’importance de la défense de la diversité culturelle.