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• Zambie

Gule Wamkulu

> Sortie de masques

Jeudi 5, vendredi 6 et samedi 7 mars 2009 à 20h30
Dimanche 8 mars 2009 à 17h
Maison des Cultures du Monde, 101 bld Raspail, 75006 Paris

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"Chef-d'oeuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité (UNESCO)"

Entre les maisons de terre recouvertes de chaume, les enclos de bétail, les silos de maïs, la prison de paille ouverte à tous les vents, les gule (prononcer « goulé ») apparaissent à la tombée du jour. Ils se rapprochent peu à peu de l’espace que délimite l’assemblée des villageois. Un chœur de femmes alterne avec une soliste, quatre à six joueurs de tambours les accompagnent. Se présentant seuls, par deux ou par groupes, les gule se postent d’abord face à l’espace de la danse d’où ils observent avant d’être observés. Menaçants ou séduisants, attendrissants ou effrayants, les gule sont ensuite invités à danser au milieu des vivants afin d’expulser du village le principe spirituel d’un défunt.

Le gule wamkulu est une danse rituelle pratiquée par les hommes initiés aux secrets de la société nyau. Majestueuse et solennelle, cette danse marque des passages importants du cycle de la vie des Chewa, passage d’une classe d’âge à une autre, d’une saison à une autre, de l’ici-bas à l’au-delà.

Les Chewa vivent en Zambie orientale et dans certaines régions du Malawi et du Mozambique. Dans cette société matrilinéaire, l’autorité politique est exercée par les hommes, mais c’est sur les femmes que repose la responsabilité familiale. Peuple d’éleveurs et d’agriculteurs, les Chewa travaillent la terre durant la saison des pluies qui nécessite une intense activité agricole. Pendant la saison sèche, lorsque les travaux agricoles sont terminés et les activités quotidiennes moins prenantes, les Chewa se rassemblent à Mkaika, village de l’est de la Zambie, où se trouvent le palais de la reine mère et celui du chef suprême actuel, le Kalonga Gawa Undi. Ces retrouvailles sont l’occasion de divertissements, de moments de convivialité. La fin de l’initiation rituelle des jeunes garçons aux secrets de la société nyau, célébrée par le gule wamkulu, est aussi au cœur de ces réjouissances.

Les masques sont en bois peint, chamarrés, ornés de plumes animales, de fibres de raphia ou de sisal et dissimulent totalement le visage et la morphologie du danseur. Certains gule portent des habits, d’autres se recouvrent le corps de terre argileuse. D’autres masques enveloppent entièrement le corps du danseur. Des fibres végétales séchées entourent les poignets, les bras, les chevilles ou encore la taille des gule. À chaque main, ils arborent des branches aux feuilles vertes.

L’apparition de ces masques à l’imposant pouvoir évocateur inspire un grand respect. Les gule constituent des pôles d’identification puissants pour les villageois. Ils transmettent des savoirs, véhiculent les codes éthiques et sociaux des Chewa. Masques zoomorphes, masques anthropomorphes, masques hybrides, les gule abritent l’âme des morts, la puissance des ancêtres. Ils couvrent et découvrent, voilent et dévoilent, envisagent et dévisagent.

La signification morale et symbolique des masques trouve son accomplissement dans la danse.

Guidés par le rythme des tambours, les mouvements rapides et dynamiques des gule soulèvent la terre sèche d’un brun rouge qui enveloppe le danseur de mystère. Rêve ou réalité ? Les gule sont des personnages énigmatiques, intercesseurs entre le monde des vivants et le monde des esprits.

Florabelle Spielmann