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La fleur, l'eau, l'arbre par le Théâtre Jayu

> suivi des rituels Seolwi-seolkyung et Cheolmuli Kut

22 et 23 mars 2002
Maison des Cultures du Monde
101 boulevard Raspail - 75006 Paris

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Avec le Théâtre Jayu et Jeong-ok Kim

Le Pays du Matin Calme a connu, comme tous les autres pays d'Asie après la colonisation, le difficile choix d'une identité culturelle qui lui permette d'assumer son héritage millénaire et de se confronter aux défis d'une évolution culturelle occidentale omniprésente.

La notion de théâtre, telle qu'elle est répandue depuis quatre siècles en Occident, était inconnue des peuples asiatiques jusqu'au siècle dernier. Les rituels chamanistes, hindouistes, bouddhistes, les théâtres d'ombres et les conteurs occupaient avantageusement l'espace scénique. À la question de savoir s'il fallait ou non imiter l'Occident et pratiquer sciemment un art étranger, Kim Jeong-ok a répondu à sa manière, celle de l'intellectuel formé à l'école occidentale, mais profondément ancré dans la réalité culturelle de son pays. Tout d'abord, il a trouvé ce que le message occidental littéraire, philosophique, social, politique pouvait apporter à ses concitoyens, avec les auteurs dramatiques du patrimoine universel. Il met alors en scène en traduction coréenne Molière, Beaumarchais, Goethe, Pagnol, Tennessee Williams, Ionesco, Dürrenmatt.
Ensuite, il s'est inspiré de la manière dont les rituels chamanistes auxquels son peuple était accoutumé traitaient, avec une économie de moyens extrême, les problèmes de l'espace scénique, l'absence de décor permettant de dépasser les notions de temps et de lieux définis. Dans ce dépouillement, l'accessoire prenait alors une dimension extrême et devenait d'autant plus signifiant, le chant, la musique et la danse apportant au texte une dimension nouvelle.

Dans les années soixante-dix, Kim Jeong-ok crée son Théâtre Jayu (Théâtre de la Liberté) et, dans un pays où le métier d'acteur n'a existé que sous forme de baladin, il réintègre cette notion et transforme les acteurs et actrices qu'il a patiemment formés pendant des années en bonimenteurs, clowns, acrobates. Il ne met plus en scène, il anime des ateliers au cours desquels la dynamique de groupe permettra au spectacle de se créer en fonction de la complémentarité entre les personnalités de chacun des interprètes.
Si le théâtre écrit à l'occidentale est l'oeuvre d'un homme de lettres solitaire, celui des baladins coréens de Kim est une création de groupe. Depuis leur premier spectacle Que deviendrons-nous après la mort ? (1979), la mort ou plus précisément le rite du passage est leur sujet principal. Aussi, dans la mise en scène de Hamlet présenté au Théâtre du Rond-Point en 1993, la mort a-t-elle sa place dans le franchissement continuel des frontières entre la vie et la mort qui est si caractéristique du chamanisme.
Cette idée de "passage" que l'on retrouve dans les kut est le thème principal de Hwa Su Mok, la création que présente le Théâtre Jayu pendant ce 6e Festival de l'Imaginaire.

Chérif Khaznadar

Hwa Su Mok (La fleur, l'eau, l'arbre)
Texte et direction artistique, Kim Jeong-ok. Mise en scène, Kim Seung-mi. Scénographie et costumes, Lee Byung-bok. Avec les acteurs du Théâtre Jayu et les chamanes de Ssikkim kut.
Un pays imaginaire vit une période de bouleversements historiques : les classes dominantes (la famille royale, la caste supérieure, les militaires) sont mortes, tuées ou se sont suicidées. Le peuple s'est réfugié dans une île. Il reste une princesse encore vivante dans ce pays. En compagnie de sorcières, elle exécute un kut avec des saltimbanques, pour apaiser la colère des morts. Les événements du passé ressurgissent... Le passé et le futur, le réel et la fiction, l'univers réel et le théâtre, la vie et la mort s'entremêlent, s'entrecroisent dans cette pièce en 3 actes intitulés Le Chant du Passé, Le Chant du Présent, Le Chant du Futur.

Rituels Seolwi-seolkyung & Cheolmuli Kut
Le chamanisme est un élément essentiel dans la culture coréenne dont les origines sont très lointaines. Selon la croyance populaire, les esprits ne font pas seulement partie du monde humain ; ils se trouvent également dans la nature et dans les objets inanimés.
Il n'est pas étonnant alors que le chamane occupe une position essentielle dans la vie de beaucoup de gens. Il est considéré comme un intermédiaire avec le monde des esprits, celui qui est capable d'exorciser les démons. Si dans les temps anciens le chamane pouvait être aussi bien un homme qu'une femme, aujourd'hui, on ne rencontre presque que des femmes : les mudang.
Le rituel du kut est davantage réservé aux dieux qu'aux humains. Il peut divertir, questionner, solliciter une bénédiction ou un remède et chasser les mauvais esprits. Dans le pyolshin-kut, la fonction s'oriente vers le divertissement tandis que le ssikkim-kut agit comme un rite de purification (ssikkim : nettoyer et kut : cérémonie chamanique). Le kut comporte une composante théâtrale importante basée sur la danse, le chant, la musique et l'utilisation de divers accessoires d'une grande beauté plastique.
La mudang et ses assistants ont pour tâche d'aider le mort dans son voyage vers le monde des esprits. Ils vont préparer la voie en chassant les obstacles et purifier l'endroit terrestre où il a vécu (maison, champ, montagne). Le mort est représenté par ses vêtements étalés sur le sol, puis soigneusement pliés et empaquetés, son séjour terrestre par une petite maison de bambou peinte qui ressemble à un jouet, et le chemin des morts par un double fil blanc long d'une dizaine de mètres tendu entre deux pièces. La mudang chante à plusieurs reprises pour invoquer certains épisodes de la vie du défunt, puis elle l'exhorte à partir. Pendant son extase chamanique, il peut arriver qu'elle prenne la voix du mort.
Les mudang, d'origine roturière, ont souvent subi des dommages physiologiques ou psychiques au cours de leur jeune âge. Ces maladies, considérées comme annonciatrices, prennent alors valeur d'épreuve. Les ayant surmontées, l'individu sait qu'il pourra, par la pratique de l'extase, servir d'intermédiaire entre les mondes.
Dans la Corée d'aujourd'hui, les kut restent très vivants et les mudang, que tout individu peut consulter avant de prendre une décision, demeurent des personnages indispensables à un certain équilibre social.
extrait de Atlas de l'Imaginaire, Paris, Maison des Cultures du Monde, 1996

Rituel Seolwi-seolkyung
Le rituel de la région Chungcheong en Corée. Accompagné d'un musicien, la chamane entre en contact avec les esprits et exécute une série de danses. Au cours de la cérémonie, elle dénoue les noeuds d'une pièce de tissu, un acte symbolique qui permet de résorber le tourment des esprits.
Rituel Cheolmuli Kut
Le rituel de la région Hwanghae en Corée. Au moment où la chamane entre en transe, elle monte sur des lames de hache-paille.

Ahn Jin-hwan, nourrice
Lee Sang-hee, saltimbanque
Park Jung-wook, chamane
Jung Goo-yean, Samnami
Choi Kyung-hee, Samsuni
Park Young-jae, Mogabi, chef de la troupe
Byun Joo-hyun, le prince du pays voisin
Kim Seung-duck, saltimbanque
Jung Soo-young, la princesse
Yang Yong-eun, chamane
Seo Seung-joon, prince, frère de la princesse
Shin Hyun-shik, musicien
Lee Sang-joon, chamane
Kim Hyun-soon, chamane
Régisseur, Hwang Woo-sung
Assistante à la mise en scène, Lee Kui-sook
Production, Jung Hae-young
Lumière, Shin Ho, Park Eun-wha
Photo, Kim Jini
Décor, Chun Kung-soon, Seolwi-selogkyung, Lee Sang-joon
Design, Kang Dae-han
Promotion, Kim Sun-woo, Lim Ji-eun
et l'équipe technique de la Maison des Cultures du Monde : régisseur général, Francis Comini ; régisseur, Fabrice Arnaud ; traduction française des surtitres, Kim Hyun-jung.

Remerciements à Monsieur Kim Jeong-ok.