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• Chine

Le Muqam des Dolan

> Musique ouïgoure du Xinjiang

31 mars au 2 avril 2005 à 20h30
Maison des Cultures du Monde

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Le Xinjiang, vaste plaine de plus d'un million et demi de kilomètres carrés, bordée par les imposants massifs de l'Altaï, du Pamir et des monts Kunlun, offre un impressionnant paysage de déserts - le Taklamatan -, de rivières et de glaciers. La plus grande province chinoise est le berceau d'une très ancienne civilisation turque issue des Huns : les Ouïgours. Tour à tour chamanistes, bouddhistes, manichéistes et enfin musulmans, les Ouïgours vont s'affirmer dès le IXe

siècle comme les civilisateurs de leurs voisins turco-mongols, et l'empire gengiskhanide adoptera leur écriture pour rédiger son code législatif. Attestée elle aussi dès l'antiquité dans des textes chinois, la musique ouïgoure donnera naissance au xve siècle à une tradition classique, le muqam, fortement influencée par la civilisation islamique mais faisant preuve d'une très grande originalité stylistique avec ses modes pentatoniques et ses techniques vocales spectaculaires. Les Dolan forment un sous-groupe ethnique des Ouïgours. Agriculteurs et éleveurs de moutons, ils ont un système social assez différent de celui des Ouïgours. Ils revendiquent une tradition musicale spécifique, le muqam dolan ou bayawan (désert), terme qui rend mieux compte de l'enracinement de cette musique dans leur culture minoritaire et leur environnement. Le muqam dolan est entièrement dansé, les mouvements exécutés évoquent les parties de chasse et se concluent par une ronde autour du butin puis par un tournoiement des danseurs exprimant la victoire ; si la musique classique ouïgoure témoigne déjà d'une vigueur et d'un dynamisme rythmiques étonnants, les Dolan portent cette énergie à un véritable paroxysme avec force tambours et chants vociférés. Ce qui conduit des musicologues locaux à comparer le muqam ouïgour à la musique classique et le muqam dolan au jazz, allant parfois jusqu'à le surnommer jazz ouïgour.

Musique de fête et de réjouissance, les muqam dolan sont joués lors des grandes fêtes mashrap qui jalonnent la vie de tous les Ouïgours. Malgré les distances importantes entre les villages, leurs habitants n'hésitent pas à faire de longs voyages pour participer à ces mashrap qui peuvent rassembler plusieurs centaines de personnes à l'occasion d'un mariage, d'une bonne récolte ou de tout autre événement heureux. Bon an mal an, il ne se passe donc pas de semaine sans qu'un mashrap n'ait lieu ici ou là. Les musiciens invités par le 9e Festival de l'Imaginaire sont originaires du village de Yantak, situé dans le district de Mäkit, dans le quart nord-ouest du Taklamatan, et ont tous été formés à l'école de la tradition, en dehors de toute structure académique. Les deux frères Aisan et Yusuyun, tous deux âgés d'une soixantaine d'années, baignent depuis plus d'un demi-siècle dans l'univers du muqam dolan. Aisan est muqamqi ou chanteur principal et Yusuyun joue de la vièle ghijak dolan. Abujili Ruozi, 73 ans, tient la cithare qalun ; il est également facteur de qalun et de rawap. Tuerdi Supi joue du luth à manche long rawap, mais il appartient à la quatrième génération d'une grande famille de muqamqi. L'autre joueur de rawap est Aihaiti Tuoheti qui a commencé l'apprentissage de cet instrument à l'âge de douze ans. La danseuse Nuerbahaer Nadier représente la septième génération d'une famille de danseurs de muqam dolan. Le sixième Festival de l'Imaginaire, en mars 2002, avait permis au public parisien de découvrir divers aspects savants et populaires de la tradition musicale ouïgoure. Le neuvième Festival de l'Imaginaire lui permettra de s'abîmer dans une autre tradition méconnue, celle des Dolan.

Pierre Bois