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Maria Ana Bobone

> Fado

18 et 19 mars 2005 à 20h30
Maison des Cultures du Monde

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Expression emblématique du peuple portugais, le fado est apparu à Lisbonne, vers 1830. Lié à ses débuts aux « classes dangereuses », équivalent de nos apaches parisiens, il a gardé un parfum de soufre lié à cette saudade qui faisait écrire à Fernando Pessoa : « Le fado est la lassitude d'une âme intense, l'air de mépris avec lequel le Portugal considérait le Dieu en lequel il avait eu confiance mais qui l'avait abandonné. Dans le fado les dieux reviennent, sanctifiés et lointains. » La jeune génération des fadistas, généralement issue de milieux bien différents de ceux des premières fadistas, a cependant conservé cette intensité et cette âpreté des origines.

Une jeune artiste comme Maria Ana Bobone en est le meilleur exemple. Sans s'enfermer dans un formalisme excessif, elle a su conserver l'essentiel de son art, grâce à une voix d'une exceptionnelle expressivité et un travail rigoureux. Née à Porto en 1974, elle a étudié le piano dès l'âge de cinq ans, avant d'entrer au Conservatoire national dès ses douze ans. Sa carrière de fadista commence en 1991, lorsqu'elle chante devant plus de trois mille personnes, à l'occasion d'une visite papale au Portugal. Elle enchaîne ensuite concerts et albums, se produisant au Brésil, au Mexique, en France, en Suède, en Italie, au Maroc et aux Pays-Bas.

Sa démarche artistique ne dédaigne pas la création. Elle a ainsi fait appel au clavecin et à la contrebasse pour son second album, Luz Destino ou au piano de João Paulo et au saxophone de Peter Epstein, pour son CD Senhora de Lapa, rejoignant ainsi la grande Amália Rodrigues qui avait enregistré en son temps avec les saxophone ténor de Don Byas. Elle a su également rester ancrée dans la tradition et a été choisie pour donner trois concerts en hommage à la grande chanteuse disparue en 1999, à Figueira et à Lisbonne. Sa prestation parisienne nous fera entendre sa voix limpide et nostalgique dans un contexte traditionnel, puisqu'elle bénéficiera de l'accompagnement de Ricardo Rocha à la guitare portugaise (un cistre à six choeurs de cordes) et de Carlos Proenca à la guitare.

Henri Lecomte