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• Nigéria

Musiciens haoussa

15 et 16 avril 2005 à 20h30
17 avril 2005 à 17h
Maison des Cultures du Monde

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Dans le Nord du Nigeria, Kano fait figure de métropole. Noeud de routes du désert, elle abrite de nombreux commerçants à la tête de véritables fortunes. L'émir, personnage tout puissant de la région, reste pour les musiciens, un protecteur actif. À l'exception des musiciens de l'émir, vivant au palais et chargés de chanter sa généalogie et ses louanges, les autres musiciens adoptent un statut semi-professionnel. Agriculteurs ou éleveurs, ils pratiquent la musique, apprise de leurs parents par tradition orale, lorsqu'une invitation les appelle pour un mariage, une circoncision, une fête religieuse, l'ouverture d'un magasin, une rencontre d'amis, un rassemblement de voyageurs etc.

Des groupes d'hommes instrumentistes et chanteurs, des groupes de femmes et des groupes mixtes se côtoient. La polyphonie vocale étant absente des musiques haoussa, les musiciens préfèrent le jeu de « à tour de rôle » d'où un nombre important de formes responsoriales. Depuis 2000, l'établissement de la charia (règle religieuse islamique) restreint quelque peu l'activité des musiciens et surtout des danseurs. Ils peuvent difficilement se produire dans la rue comme ils le faisaient il y a quelques années. En outre, certaines chanteuses et danseuses ont disparu des ensembles mixtes.

Trois groupes de musiciens de la région de Kano, invités au Festival de l'Imaginaire, présentent des formes différentes, parmi celles très nombreuses se développant sur place.

Dankaka Rogo
Ce nom, celui du chanteur principal, un homme d'une soixantaine d'années venant du village de Rogo, au Sud-Ouest de Kano, est aussi celui du groupe composé par sept musiciens dits princiers mais ne vivant pas au palais. Dankaka chante en langues haoussa et foulani les louanges de l'émir et des personnages importants par leur histoire ou par leurs actions présentes. Le chant du soliste est ponctué, ou accompagné par un personnage qui joue le rôle de commentateur, saluant les hôtes ou bien glissant des formules de bénédiction coranique. Dankaka Rogo et son groupe restent les héritiers d'une vieille tradition, conservée grâce aux familles royales.

Nasiru Garbasuka
Âgé de vingt-trois ans, ce jeune musicien, fils d'un grand chanteur de Kano, sait emporter l'enthousiasme du public ou susciter l'émotion par sa voix tendue et jouant sur un registre de subtilités. Il s'accompagne luimême, dans un mouvement dansé, à la vièle monocorde kokuma qu'il tient à la hauteur de sa hanche. Deux percussionnistes soutiennent ses mélodies et ses poèmes en langue haoussa, par le jeu de leur tambour kalangu et kutuku et par leurs répons chantés. Le groupe, très mobile, reçoit de nombreuses invitations pour des mariages, des cérémonies d'attribution du nom et des fêtes profanes et religieuses.

Shantu
Le shantu, calebasse étroite pouvant atteindre un mètre de longueur, jouée le plus souvent par des femmes, dans les maisons pour accompagner la préparation puis le départ de la fiancée, produit des sons à la fois mélodiques et rythmiques. L'instrument tenu dans une main, emmagasine de l'air, puis il est projeté contre l'autre main, l'avant-bras, la cheville ou la cuisse. Les musiciennes, qui sont aussi chanteuses, se livrent ainsi à une fascinante danse assise aux mouvements retenus. Elles participent aux mariages et aux cérémonies d'attribution du nom.

Françoise Gründ