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Musiques de l’Azerbaïdjan iranien

> Âshiq d’Ornumiye (Azerbaïdjan occidental)/Le maqam de Tabriz (Azerbaïdjan oriental)

18 mars 2007 à 17h
Auditorium du Louvre

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Sur la route qui relie l'Occident à l'Orient, l'Azerbaïdjan fut longtemps le théâtre des luttes que se livraient les grandes puissances locales : la Perse et l'empire Ottoman. C'est sous les Safavides (XVI-XVIII siècles), dynastie azerbaïdjanaise, que l'Azerbaïdjan est pour la première fois intégré à l'état Perse. Au XIXe siècle, sous la dynastie des Qâdjâr (1779-1924), la Perse doit céder à la Russie ses provinces du nord de l'Araxe qui deviendront plus tard la république d'Azerbaïdjan.

La province de l'Azerbaïdjan iranien est divisée par le grand lac salé d'Orumiye en deux régions : l’Azerbaïdjan oriental dont la capitale régionale est Tabriz (première capitale des Safavides avant Qazvin et Ispahan) et l’Azerbaïdjan occidental, dont Orumiye est la capitale. L'Azerbaïdjan est à la fois le principal territoire turcophone du pays et l'une des régions les plus peuplées d'Iran. Il englobe une mosaïque de groupes linguistiques, de religions et de minorités tribales comme les Arméniens et les Assyriens (descendants des chrétiens nestoriens).

La musique classique de cette province appartient à la tradition des maqâm irano-arabo-turcs dont certains des grands théoriciens comme Safi-al-din Ormavi (XIIIe siècle) et 'Abdol al-Qâder Marâghi (XVe siècle) sont originaires d'Azerbaïdjan. À l'époque soviétique, la musique de la république autonome d'Azerbaïdjan subit une relative acculturation occidentale, marquée entre autres par des modifications modales, l'intervention de la polyphonie, l'irruption de l'orchestration, etc. La tradition musicale de l'Azerbaïdjan iranien conserve, au contraire, ses liens avec les styles iranien et azéri classiques. Les musiciens de Tabriz et ceux de Bakou restent souvent en contact et continuent d'échanger leurs idées et leurs savoirs.

Azerbaïdjan de l'Ouest
Tradition des bardes asheq de la ville d'Orumiye
Mohammad Hossein Dehqan, asheq (barde)

Le asheq (lit. amoureux) est un barde professionnel qui chante ses propres chansons, ainsi que les ballades amoureuses et les épopées qui figurent dans le répertoire d'autres traditions de bardes turcophones.

Traditionnellement, les asheq se produisent au cours des mariages ainsi que dans les cafés (qahvekhâne, litt. maison de café), où on peut encore les entendre de nos jours. Ils descendent probablement
des populations turques venues s'installer en Azerbaïdjan. Autrefois ils chantaient leslouanges et les exploits du souverain et de sa famille. Shâh Ismâ'il (r. 1501-1523), fondateur de la dynastie des Safavides appréciait tellement leur musique qu'il apprit à en jouer et composa des chansons. Il organisait à sa cour des joutes poétiques entre asheq. Ces compétitions (deyshme) existent toujours : deux chanteurs s'efforcent de maintenir le mètre et la mélodie tout en répondant aux devinettes de leur adversaire.

Mohammad Hoseyn Dehqân, connu sous le nom de Asheq Dehqân, est né en 1934. À 72 ans, il est le parfait représentant de cette tradition de bardes. Tout en s'accompagnant de son sâz, il chante ses propres poèmes et des dâstân ou hikâyat, longs récits où alternent la prose parlée et des passages versifiés et chantés, et comptant parfois des milliers de vers.Asheq Dehqân affirme connaître ainsi plus de 40 récits de cette ampleur.

C'est de sa mère, dit-il, que lui vient son amour de la musique. Son père, au contraire, descendant d'une famille de mollahs, n'appréciait guère que son fils s'occupe d'un art si mal vu. Comme il l'explique lui-même : « À cinq reprises, mon père a brisé mon sâz ».

Asheq Dehgân possède aujourd'hui son café, ce lieu traditionnel où les bardes se produisent depuis des siècles. C'est là que l'on vient pour l'écouter, devant une tasse de thé ou de café, seul ou dans une de ces deyshme si prisées par ses auditeurs.

Azerbaïdjan de l’Est
Tradition classique par l'ensemble Shahryâr de Tabriz
Oxtâi Shadi, târ azéri
Saïd Abed, khânande/daf (chanteur / tambour sur cadre)
Afshin Alavi, kamanche

Ce remarquable ensemble originaire de Tabriz se compose de trois jeunes musiciens, âgés de 28 à 29 ans, donc tous nés après la révolution de 1979 et l'instauration de la république islamique.Tous trois ont parcouru un chemin à peu près identique : apprentissage de la musique classique azérie et iranienne dès le plus jeune âge (9 ans environ) auprès d'un maître établi, selon les préceptes et les modalités de la formation traditionnelle. Ils se rencontrent au milieu des années 90, au sein de l'Orchestre de la jeunesse de la Radio-Télévision de Tabriz, tout en poursuivant en parallèle d'autres études. Ils approfondissent leur pratique des muqâm classiques azéris et fondent un trio auquel ils donnent le nom d'un poète azéri contemporain renommé, Shahryâr.

L'ensemble Shahryâr respecte la formation en trio classique : târ (luth à long manche et à table d'harmonie en parchemin), kamanche (vièle à pique), et khânande/daf (chanteur/tambour sur cadre). Les poèmes chantés sont puisés dans les oeuvres des grands poètes anciens tels que Fuzuli (mort en 1560), Nezâmi (mort en 1209), Khâqâni (mort en 1199) ou de poètes contemporains comme Shahryâr (mort en 1988). Comme beaucoup de musiciens en Iran, c'est leur amour désintéressé de la musique qui les réunit.