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NÔ DE KUROKAWA - Théâtre rituel

> MOMIJIGARI (Feuilles d’Automne)

Mercredi 12 et jeudi 13 mars 2008 à 20h30
Vendredi 14 mars 2008 à 20h30
Maison des Cultures du Monde
101 boulevard Raspail - 75006 Paris

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Par la troupe Shimo-Za, sous la direction de Yoshibu Ueno
Ces représentations exceptionnelles seront une première en Europe.

Kurokawa, petit village situé à 500 km au nord de Tokyo dans la plaine du Shonaï, a su élaborer et garder bien vivante une fête particulièrement riche et complexe où l'on célèbre, selon le rite shintoïste, le nouvel an. Une des particularités de cette fête consiste à offrir aux dieux une journée complète de . Ces pièces de , entre lesquelles s’intercalent comme il se doit des pièces de Kyôgen, sont représentées les 1er et 2 février de chaque année dans deux fermes du village puis dans le temple. Le fait que ces pièces soient non pas jouées par des professionnels ou par l’une des cinq écoles de , mais mises en scène et interprétées par les « paroissiens » ou les habitants du village eux-mêmes selon une tradition qui remonte au XVe siècle, a retenu toute notre attention.

Deux troupes co-existent dans ce même village, Shimo-za et Kami-za, la troupe du haut et la troupe du bas, en référence aux deux quartiers du village. Les chefs de troupe appartiennent, depuis le XVe siècle, aux mêmes deux familles, le savoir et l’art du jeu étant transmis de père en fils.

Le de Kurokawa a été influencé par la puissante secte des Yamabushi. Ces ascètes respectés vivaient dans les montagnes sacrées qui dominaient la plaine du Shonaï et descendaient dans les villages au moment des célébrations religieuses. Le aurait par ailleurs conservé des particularités que l’on ne retrouve plus chez les cinq familles qui descendent de la tradition de Zeami. Il a été introduit dans la région au XVe siècle par le seigneur local qui a demandé aux paysans d’alors de l’apprendre. Ceux-ci n’auraient pas eu beaucoup de difficultés à l’intégrer à leurs fêtes religieuses car, ainsi que l’explique Gérard Martzel dans son étude consacrée au de Kurokawa, le est venu se superposer à des cérémonies-spectacles qui se sont développées au sein de vieilles structures qui auraient été elles-mêmes des théophanies. Le ainsi a donné un sens et une cohérence à des « actes cultuels qui avaient perdu toute signification ».

Ces acteurs, qui sont des fermiers, des instituteurs, des ouvriers, mettent une ferveur particulière à jouer et interpréter le répertoire de . La rareté de ces représentations en ont fait un joyau très recherché par les fins connaisseurs japonais. Les petites fermes ne pouvant pas accueillir beaucoup de spectateurs, et les habitants de Kurokawa ne pouvant pas faire face à la recrudescence des demandes, ils ont institué une… loterie : les heureux spectateurs de chaque année sont désignés par un tirage au sort !

Les représentations du de Kurokawa à Paris sont un événement longtemps espéré par les amateurs de . C’est la première fois que, exceptionnellement, la troupe de Shimo-za a accepté de sortir du Japon et de donner ces trois représentations dans le cadre du Festival de l’Imaginaire et l’on pourra ainsi découvrir cette forme rare de .

Les acteurs de Shimo-za interprèteront Momijigari. Cette pièce, comme la majorité des pièces de Nô, met face à face le shité, personnage principal (protagoniste), généralement masqué, qui se présente dans un premier temps sous l’aspect fallacieux d’une réincarnation dans le monde de l’apparence qui est le nôtre, et le waki, ou rôle secondaire (deutéragoniste) mais non moins important. Car c’est le waki qui va provoquer la réapparition du shité et sa transformation dans la seconde partie de la pièce où il réapparaîtra sous son véritable aspect : celui d’une ombre souffrante, errant dans le monde qui est au-delà de l’apparence. Dans Momijigari, Tairano Koremochi se rend dans la campagne de Shinano pour chasser le cerf. Il croise sur son chemin un groupe de jeunes femmes venues admirer les couleurs du paysage automnal. Elles l’invitent à partager un repas avec elles. L’une de ces jeunes femmes retient particulièrement son attention et le jeune homme est fasciné par l’extrême raffinement de sa danse. Les libations l’entraînent dans un sommeil au cours duquel il est visité par un dieu qui le met en garde contre le danger qui le guette. Celui-ci lui remet une épée afin qu’il puisse se défendre. En réalité, la fascinante jeune danseuse est une démone…

Arwad Esber

> À lire :
Gérard Martzel,
La Fête d'Ogi et le Nô de Kurokawa, POF, 1982
Le dieu masqué. Fêtes et théâtres au Japon, POF, 1982