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• Chine

NUO DU JIANGXI ET DU ANHUI

> Théâtre d’exorcisme

Jeudi 10, vendredi 11 et samedi 12 avril 2008 à 20h30
Dimanche 13 avril 2008 à 17h00
Théâtre Équestre Zingaro
176 avenue Jean-Jaurès - 93300 Aubervilliers

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Avec les troupes des villages de Shiyou, Dangliyao et Xihnayao

Au moment du nouvel an chinois, dans de nombreux villages du Sud de la Chine, ont lieu d’étonnants rituels dont le but est de chasser démons et pestilences afin que l’année à venir se déroule sans encombre. Selon les villages, ces rituels peuvent durer de quelques jours à un mois. Partout, pétards et gongs retentissent tandis que des processions traversent les allées étroites des villages et les chemins de campagne.

Les ritualistes ou chamans commencent par déposer des offrandes sur des autels consacrés dans les temples. Puis ils psalmodient des incantations, invoquant les dieux à venir s’incarner dans les masques. Ces derniers sont extraits un à un de grandes malles où ils « dorment » le reste de l’année. Ils seront purifiés avec de l’encens et de l’alcool de riz. Cette cérémonie terminée, les pétards retentissent de nouveau dans un vacarme assourdissant. L’odeur âcre de leur fumée mêlée à celle des encens alourdit l’atmosphère et perturbe les sens. Les dieux approchent, ils descendent du ciel et les voilà parmi nous.

À grand fracas de gongs, de tambours et de cymbales, les ritualistes vont ensuite de maison en maison. Leurs danses effraient démons, fantômes et autres mauvais esprits, causes de maladies et de mauvaises récoltes. Une fois les démons chassés des scènes dramatiques peuvent être jouées pour divertir les dieux.

Le Nuo est un des plus anciens rituels d’exorcisme de Chine. Au fil des millénaires, ce rituel a incorporé des éléments bouddhiques, puis taoïstes, pour évoluer dans certains cas vers des formes plus élaborées où des contes et drames appartenant à la littérature orale sont mis en scène et chantés. On parle alors de théâtre ou d’opéra Nuo.

Le Festival de l'Imaginaire a choisi de présenter deux formes. Le Nuo de Nanfeng et le Nuo de Guichi. Le Nuo de Nanfeng (province du Jiangxi) a su faire perdurer sa forme archaïque. À Nanfeng, seuls les dieux de la religion populaire sont représentés. Leurs danses sont effrayantes, mais elles peuvent être entrecoupées par des interludes comiques.

De nombreux dieux du panthéon taoïste ont été introduits dans le Nuo de Guichi (province du Anhui), tels les dieux-étoile, et des saynètes théâtralisées ont été créées. Pour faciliter la diction des acteurs, les masques sont alors relevés et placés sur le haut de la tête. C’est de là que serait né l’opéra chinois. En effet, les masques, considérés dans le rituel Nuo comme des dieux, auraient été remplacés dans l’opéra laïque par des maquillages afin de permettre aux artistes de chanter et de faire des acrobaties sans encombre. Le Nuo de Guichi est également la seule forme dans laquelle certaines danses, très impressionnantes, mettent en scène des combats à cheval, exécutées sur échasses.

Stéphanie Mas

 

Le Nuo est un rituel qui remonte à la haute antiquité : on appelle des dieux à venir expulser fantômes et démons responsables des maladies et autres malheurs, et à protéger la communauté. Ce rite a lieu au moment du nouvel an et, de façon ponctuelle, en cas de calamité frappant un village ou une famille. Dans la religion populaire chinoise, les dieux sont en fait des puissances stellaires, et l’ombrelle que l’on fait tournoyer au début représente le Ciel, que l’on appelle à l’aide. Les dieux invoqués varient d’une région à l’autre, mais il s’agit toujours de divinités ayant une fonction d’exorciste ou de protecteur.

Outre le dieu du Tonnerre, Lei Gong, chargé de punir les méchants en les foudroyant, peuvent être appelés les Trois Etoiles, du Bonheur, de la Réussite et de la Longévité, l’Etoile de la Joie, ou encore Kuixing, constellation de la première maison de l’Ouest chargée jadis d’assurer la réussite aux examens impériaux. Figurent aussi parmi ces dieux des personnages historiques comme Guan Yu, chef militaire mort en 219 après J.-C., qui est resté comme un modèle de loyalisme, ou Zhong Kui, qui vécut au VIIIème siècle, candidat refusé par l’empereur à cause de sa laideur et qui se suicida de dépit, car les grands hommes sont considérés comme des incarnations de puissances stellaires. Guan Yu est ainsi devenu le dieu de la Guerre, et Zhong Kui est chargé de soumettre les petits démons qui viennent troubler le monde humain. D’autres personnages invoqués sont les ancêtres, le Père et la Mère du Nuo, ou Pangu, le créateur de l’univers, appelé l’Ouvreur de montagnes (Kaishan), ou encore le Juge des Enfers. Dans le rite, ces dieux sont présents dans le masque du danseur et viennent manifester leur pouvoir par leur danse ou par l’évocation de leurs hauts-faits à travers une pièce de théâtre de façon à terrifier les puissances maléfiques. Parfois c’est le thème de la saynète qui a valeur d’invocation, comme celle des deux musulmans qui représentent les étrangers en général : par leur venue, ils évoquent le souhait que règne la paix.

Jacques Pimpaneau