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• Thaïlande

Orgues à bouche Hmong

> suivi de la projection de Les Hmong et la mort un film de Thierry Zéno

8 et 9 mars 2003
Maison des Cultures du Monde
101 boulevard Raspail - 75006 Paris

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Les Hmong (litt. "hommes libres") sont un des quatre grands groupes Miao disséminés sur un immense territoire qui couvre le sud de la Chine ­ où leur existence est attestée dès le IIIe siècle av. J.-C. ­ et une bonne partie de l'Asie du sud-est. Il existe également une importante diaspora hmong aux Etats-Unis, en Australie et en Europe qui conserve encore aujourd'hui un très fort sentiment d'appartenance identitaire.
Le lent exil des Hmong vers l'Asie du sud-est commence au début du XVIIIe siècle. Paysans de tradition nomade, ils ont été progressivement refoulés par les agriculteurs des plaines vers les hautes-terres où il pratiquaient la culture du brûlis et sont finalement poussés à quitter la Chine par vagues successives et à s'établir au Vietnam, au Laos et dans le nord de la Thaïlande. Les Hmong se subdivisent en trois sous-groupes appelés Mèo blancs, Mèo verts (ou bigarrés) et Mèo no irs, d'après la couleur du vêtement traditionnel féminin. Leurs trois dialectes sont aussi différents que le français, l'italien et l'espagnol. Les musiciens invités sont des Hmong noirs.
Les Hmong de Thaïlande se sont sédentarisés voici seulement une vingtaine d'années. Dans les années 70 il était encore fréquent de voir des groupes, dont les parcelles avaient été épuisées par l'écobuage, quitter définitivement leurs villages à la recherche de nouvelles terres cultivables, emportant à pied et à dos de cheval jusqu'aux matériaux de construction de leurs maisons.
Depuis le XIXe siècle, les Hmong de Thaïlande tiraient une partie de leurs revenus pécuniaires de la culture du pavot, mais depuis quelques années ils participent au programme d'éradication de l'opium initié par le gouvernement thaïlandais en partenariat avec des organisations internationales. Outre le maïs, le riz de montagne et le manioc, ils cultivent aussi le chanvre, qui est filé puis tissé avant d'être brodé de couleurs vives par les femmes et cousu avec beaucoup d'art ; on peut cependant regretter aujourd'hui la déperdition progressive de ce savoir-faire. Ils travaillent l'argent, qu'ils gravent de motifs traditionnels et dont ils font des bijoux sobres et élégants : lourds colliers, bracelets, bagues, boucles d'oreille, broches.
Ces bijoux ne sont pas seulement un signe de richesse et une satisfaction esthétique, ils ont aussi un rôle religieux. Ils séduisent les âmes (l'être humain en possède trois) afin de les empêcher de quitter le corps. En effet, lorsqu'elles partent vagabonder, comme dans le rêve ou sous l'effet d'une peur ou d'une souffrance, ou encore d'une cause occulte, elles risquent d'être la proie de mauvais esprits invisibles et de causer la maladie et la mort. Il faut alors quérir le chamane qui interroge ses esprits auxiliaires et effectue la cure chamanique appropriée. Ces séances, parfois impressionnantes, peuvent durer plusieurs heures.
La structure sociale est fondée sur le clan à filiation patrilinéaire. L'exogamie clanique est rigoureuse: les gens portant le même nom se considèrent comme parents proches et ne peuvent pas se marier entre eux. Excepté le chamanisme qui se situe en dehors de lui, le clan est le cadre dans lequel se pratiquent tous les rituels.

L'instrument de musique emblématique des Hmong est l'orgue à bouche qui participe à toutes les cérémonies, notamment les funérailles, et est toujours associé à la danse. Tout en jouant, le ou les musiciens exécutent une danse tournoyante, pleine d'élégance dans leurs habits noirs rehaussés de broderies aux couleurs vives. Cette chorégraphie giratoire prend tout son sens lors des rites de funérailles où les tournoiements du musicien autour du pilier des ancêtres semblent symboliser dans un sens l'accompagnement de l'esprit du défunt vers le monde des ancêtres, et dans l'autre une chicane destinée à l'empêcher de revenir hanter le monde des vivants. Les orgues à bouche interviennent également lors des fêtes saisonnières, notamment la fête du Nouvel An qui a lieu dans le courant du mois de décembre. Au cours des festivités, celles du Nouvel An par exemple, les musiciens se lancent parfois dans un jeu collectif où chacun interprète sa version d'une pièce donnée en essayant de tenir le plus longtemps possible, ce qui provoque une sorte de brouillard sonore qui, peu à peu, se précise jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un joueur en piste.
Les Hmong utilisent également d'autres instruments, le tambour lors des rites funéraires, mais aussi la guimbarde pour la cour d'amour, la flûte et un petit aérophone à anche libre ; enfin leurs chants célèbrent la nature et la beauté de leurs femmes. L'orgue à bouche hmong, appelé qîn (ou qeej en transcription moderne hmong), se compose d'un tuyau porte-vent et d'un bocal taillés dans une même pièce de bois (lu' tao qîn). Le bocal est percé de six trous supérieurs et inférieurs par lesquels passent les tuyaux de jeu en bambou. Ceux-ci sont disposés sur deux rangs parallèles de trois tuyaux. Ils sont fixés les uns aux autres par des liens et sont légèrement recourbés. Chaque tuyau est fermé à son extrémité inférieure par un noeud du bambou tandis que son extrémité supérieure est ouverte. Dans la partie qui traverse le bocal, chaque tuyau a été évidé sur le côté et on y a fixé avec de la cire une anche libre en cuivre ou en laiton. Le tuyau le plus gros et aussi le plus court (di loa) en comporte deux ou trois, les autres tuyaux n'en ont qu'une. Enfin chaque tuyau est percé sur le côté d'un petit trou de jeu. Comme tous les orgues à bouche, chaque tuyau ne "chante" que si le trou de jeu est obturé par l'un des doigts du musicien. Seul, le tuyau principal chante en permanence, produisant un son lorsque le trou de jeu est obturé et un autre lorsqu'il reste ouvert. Le musicien joue aussi bien en soufflant qu'en aspirant, cette alternance permettant de faire ressortir les accents.
Rang droit - Rang gauche
di loa (bouché) : sol aigu - di tüi : mi
di loa (ouvert) : la aigu
di tsu : ré - di mbu : sol grave
di lay : do - di kutü : la grave

Les hauteurs indiquées ici sont relatives car les orgues à bouche peuvent varier en taille et donc en hauteur sonore.
On a donc affaire à un système pentatonique anhémitonique classique (sol-la-do-ré-mi-sol-la). Le jeu polyphonique se fonde sur le tuyau di loa qui joue en permanence (bouché ou ouvert) et sur l'association d'un ou deux autres tuyaux selon le schéma suivant :
di loa (bouché) + di mbu (sol grave + sol aigu)
di loa (ouvert) + di mbu + di tsu (sol grave + ré + la aigu)
di loa (ouvert) + di tsu + di lay (do + ré + la aigu)
di loa (ouvert) + di tü + di kutü (la grave + mi + la aigu)
Ces quatre accords semblent constituer l'essentiel du matériel polyphonique. Dans chaque pièce, le musicien les assemble dans un ordre variable selon un principe répétitif et cyclique.

Les pièces pour qîn se subdivisent en deux groupes, les morceaux "sans texte" et les morceaux "avec texte", ces derniers ayant une mélodie vocale qui leur sert de référence mentale.
Les musiciens invités viennent de deux villages : Chedee Khoak, situé dans la province de Tak, non loin de la frontière birmane, et Pha Phu Chom à une soixantaine de kilomètres au nord-ouest de Chiang Mai.

PROGRAMME
Première partie
Musiciens de Pha Phu Chom, musiques de divertissement
1. Ka qîn
Pièce fondamentale du répertoire de qîn, celle par laquelle commence l'apprentissage de l'instrument. MM. Chu Sae-Thao et Chingpao Sae-Hang
2. Chu lu qîn, version vocale puis instrumentale.
Le texte du chant évoque l'harmonie recherchée entre le jeu instrumental et la danse.
MM. Sua Sae-Hang et Sue Saeng-Thao
3. Chant de louanges aux jeunes mariés, version vocale puis instrumentale.
MM. Phang Sae-Thao et Phang Thanomwitthaya
4. Qe qîn tanlon, pièce par laquelle se terminent les fêtes.
Musiciens de Chedee Khoak, extraits du rite de funérailles

1. Chung yi, début de la cérémonie (sans danse).
M. Soe Charoenphalitphon
2. Nong dü, début de la cérémonie (avec danse).
M. Soe Charoenphalitphon
3. Kang ke, accompagnement de l'âme du défunt.
M. Soe Charoenphalitphon
4. Chiua sao, les proches viennent rendre leurs respects au défunt.
MM. Soe Charoenphalitphon et Charan Kawinchanya.
5. Pièces de réjouissance destinées au divertissement du défunt avant sa mise en terre.
M. Koe Sae-Koe.
M. Charoen Sae-Mua.

Entracte

Projection "Les Hmong et la mort" un film de Thierry Zéno (prod. Zéno films, 1980-1984, 52 mn).

Remerciements à Monsieur Guy de la Chevalerie et à Madame Diane Josse, service de coopération et d'action culturelle près l'Ambassade de France en Thaïlande ; à Madame Ralana Maneeprasert, responsable du Tribal Research Institute, Chiang Mai.