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• Iran

Rituel du Zâr

> avec en première partie : chants Bâssanak

4 mars 2006 à 20h30
5 mars 2006 à 17h
Théâtre Équestre Zingaro
176 avenue Jean-Jaurès
93300 Aubervilliers

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Le détroit d’Ormuz, dont le nom évoque avant tout les conflits et les grands pétroliers, abrite dans ses eaux une île qui recèle encore bien des richesses à découvrir : l’île de Qeshm. On accède à cette terre aride qui s’étend sur 125 kilomètres au large des côtes persanes au départ de la ville de Bandar Abbas. Les côtes de l’Arabie ne sont pas très éloignées et Dubaï n’est qu’à quelques petites heures de bateau. Cette position géographique stratégique est propice à un métissage particulier.
Les Portugais s’arrêtèrent à Qeshm au XVIIe siècle et y construisirent un fort. Ils amenaient avec eux des esclaves, arrachés à la côte est de l’Afrique.

Les Africains ont notamment apporté à Qeshm un rite de possession, le Zâr qui, pour avoir emprunté des traits aux cultures persane et arabe, n’en est pas moins resté fidèle à son origine africaine.

Le rituel du Zâr est un moyen de guérir et d’éloigner les chagrins. Ce rituel, qui commence au coucher du soleil, est basé sur l’exorcisme et sur la transe. C’est grâce à la transe que le Baba ou la Mama, les maîtres de cérémonie, parviennent à identifier le génie qui possède le malade et à déterminer les raisons de cette possession. Ces génies sont appelés Bâd, terme qui désigne ce qui souffle, ce qui est fluide, et que l’on peut traduire par vent. C’est pourquoi les adeptes du Zâr sont appelés les Gens de l’air.

La cérémonie commence : les batteurs frappent les tambours décorés au henné, le Baba et la Mama chantent. Divers chants sont interprétés et lorsque le génie reconnaît la musique qui lui est particulière, il se manifeste. Le malade est pris d’abord de courtes convulsions puis il se met à bouger au rythme de la musique. On dit alors que le Bâd chevauche sa monture. Le possédé est recouvert d’un tissu blanc qui lui cache le visage, car celui-ci prend les traits du Bâd. Ce dernier se plaît, semble-t-il, à traverser les époques pour expérimenter la vie contemporaine par l’intermédiaire du corps et des mouvements de sa «monture ». Il s’exprime par la bouche de son cheval pour réclamer des offrandes, condition à laquelle il laissera le malade tranquille, pourvu que celuici l’honore de temps à autre.

Baba Issa est originaire du village de Salakh, à l’extrémité nord de l’île. Pêcheur dans la journée, il organise chez lui les mardi soirs des séances de Zâr pour les Gens de l’Air.

Le Zâr sera précédé, en première partie, de chants de femmes appelés Bâssanak. À Qeshm, la cérémonie du mariage revêt une importance primordiale. Elle dure trois jours au moins, durant lesquels les mariés sont préparés à la nouvelle vie qui les attend, chacun de son côté. Chez les femmes, le long moment nécessaire à la pose du henné (Hana-bandan) sur les mains de la mariée est accompagné de chants. Ces chants, dits Bâssanak, sont entonnés par quatre femmes de la famille des mariés. Assises deux par deux, elles se font face et leurs chants responsoriaux disent la joie de la mère qui voit la mariée si belle, la tristesse de cette dernière qui va quitter sa famille, la naissance du premier enfant, les bonheurs de la vie à deux.

M. G.

> A lire

La Possession et ses aspects théatraux chez les Éthiopiens de Gondar (précédé de) La Croyance aux génies Zâr en Ethiopie du Nord
Michel Leiris, Le Sycomore, 1980.