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• dans le cadre de " francofffonies !"

Tchiloli

> La dramatique histoire de Charlemagne et du Marquis de Mantoue

17, 18, 20, 21 mars 2006 à 20h30
16 mars 2006 au Salon du Livre
Tournée : 24 mars 2006
Wereldculturen-centrum Zuiderpershuis, Anvers
Maison des Cultures du Monde
101 boulevard Raspail - 75006 Paris

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Spectacle en portugais ancien surtitré en français

Dans une clairière de la forêt équatoriale, entre les bananiers, Charlemagne s’avance, dansant un menuet au son de tambours africains et de flûtes traversières en bambou. Sur la tête, il porte une couronne dorée, posée sur une perruque et une barbe de coton. Ganelon, Renaud de Montauban, le Duc Aymon l’ont précédé, dans son parcours cérémonieux vers son palais, une estrade de planches ornée de serviettes éponges, de cotonnades fleuries et de palmes. Mollets serrés dans des bas à la mode des siècles passés, le visage dissimulé sous un masque de grillage blanc, ils s’apprêtent à jouer devant les gens du village La tragédie du Marquis de Mantoue et de l’Empereur Charlemagne, l’unique oeuvre du répertoire. Les fêtes religieuses, les invitations de personnalités, servent de prétexte à ces représentations baroques où se bousculent les anachronismes et appelées tchiloli.

Dans l’île africaine de São Tomé, sur l’Équateur, à trois cents kilomètres au large du Gabon, les cultivateurs et les pêcheurs, créolisés depuis le XVe siècle, se disent « fils de la terre » ou Forros, comme la langue qu’ils parlent, où se mêlent portugais et idiomes africains du Golfe de Guinée.

Leur présence, leur culture sur ce minuscule rocher volcanique à la végétation luxuriante, serait due à un bienheureux hasard des mers que les navigateurs portugais ne manquent jamais d’invoquer. En 1471, les bateaux du roi du Portugal, en route vers l’Inde et ses épices, s’arrêtent pour faire de l’eau, sur une terre qu’ils décrètent vierge. Remarquant son exceptionnelle fécondité, ils alertent leurs compatriotes qui transforment en quelques années la jungle en plantations de canne à sucre. Pour mener à bien cette entreprise lucrative, une main-d’oeuvre servile se révèle indispensable. Des esclaves, razziés sur les côtes africaines viennent constituer le premier peuplement de l’île. Bientôt naissent des centaines de métis qui, dispensés du travail dans les champs de canne à sucre, constituent une population qui s’instruit peu à peu et commence à revendiquer : droit à la terre, droit à une identité et droit de pratiquer les cérémonies africaines de leurs ancêtres, activité interdite par le clergé de la métropole qui les convertit de force au catholicisme.

Le divertissement des maîtres-sucriers qui s’ennuient et qui font venir du Portugal des acteurs et des baladins pour se faire donner la comédie, leur fournit le subtil prétexte à exprimer leur dévotion aux ancêtres. Assistant aux représentations au bas du perron des maisons de maîtres, les « fils de la terre » choisissent de reproduire à leur manière, un épisode qui met en scène un procès contre la famille de Charlemagne, une mise en cause du pouvoir.

Le récit qui fait du Prince Charles, le fils de Charlemagne, un meurtrier par amour, place la base de la première revendication à la justice. L’empereur osera-t-il condamner à mort son propre enfant ?

Aujourd’hui, les troupes de l’île ne cessent d’ajouter des détails à une dramaturgie délirante, en gardant la structure originale. Il s’agit d’un véritable fragment d’archéologie théâtrale qui vit.

F.G.

> A lire
"Le Tchiloli", Internationale de l'Imaginaire n°14, Maison des Cultures du Monde, Paris, 1990.

Tchiloli, du vin sur les tombes de F. Gründ, le premier ouvrage en français sur le Tchiloli, sera édité début mars par les éditions Magellan & Cie.

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