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• Iran

Vièles populaires iraniennes

17 mars 2007 à 20h
Auditorium du Louvre

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Le kamanche est une vièle à pique, de la même famille que le très ancien rebâb. Il prit une grande importance sous la dynastie Safavide (XVIe-XVIIIe siècles) comme en témoignent la plupart des scènes de musique de cour représentées dans les miniatures et les fresques de l'époque.

Seul instrument à archet de la musique classique, c'est aussi un instrument populaire, joué un peu partout en Iran, mais plus particulièrement au Khorassan et chez les Turkmènes du Golestan. L’instrument se compose toujours d'un manche fiché à travers une caisse de résonance sphérique dont la table d'harmonie est en peau. Mais sa facture, son timbre, ses techniques de jeu et bien sûr son répertoire varient sensiblement selon les cultures régionales.

Il peut être joué en solo ou accompagner le chant. Les pièces en solo sont des impromptus de forme assez libre improvisés sur des airs populaires pour le plaisir et le délassement des auditeurs. Lorsqu'il accompagne le chant, il paraphrase la mélodie vocale, apportant avec son timbre soyeux et ses multiples ornements une couleur mélancolique supplémentaire à ces beaux chants d'amour. Chez les Turkmènes, il s'associe au luth à manche long dotâr pour accompagner le barde dans ses récits épiques, ses ballades ou ses chants lyriques.

Kamanche du Khorassan
Sohrab Mohammadi, chant et luth dotâr
Vali Rahimi, kamanche

La vie musicale du nord du Khorassan est dominée par deux groupes principaux : les asheq et les baxshi.Vali Rahimi (73 ans) et Sohrâb Mohammadi (75 ans) sont des représentants émérites de ces deux traditions.Amis d'enfance, ils n’ont jamais quitté le petit village d'Âshkhâne, au nord de Bojnurd. Ce sont des kurdes Kurmanji, l'une des ethnies qui habitent la région depuis des siècles avec les Turcs et les Persans.

Vali est un asheq, tout comme son père auprès duquel il a appris le kamanche. Si en Azerbaïdjan et en Turquie, asheq (qui veut littéralement dire amoureux) désigne un barde s'accompagnant au luth, au nord du Khorassan c’est l'équivalent du motreb (un joueur de musique de divertissement). Les asheq sont des musiciens professionnels qui se produisent en troupes et jouent d'instruments comme le sornâ (hautbois), le dohol (tambour biface), le qoshme (double clarinette) ou le kamanche (vièle à pique) lors de réjouissances et de danses villageoises.

Sohrâb est pour sa part baxshi. Poète, chanteur, instrumentiste (il s'accompagne de son dotâr) et narrateur, il représente le parfait exemple de tradition ancestrale des bardes du Khorassan. Comme eux, Sohrâb chante dans les trois langues en usage dans cette région : kurde, turc et persan.

Bien que les asheq et les baxshi aient peu de points en commun, on trouve dans leur répertoire les mêmes sujets et motifs, comme les poèmes en kurde, reflétant la vie nomade de ce peuple.

Ces deux types de musiciens ne jouent jamais les uns avec les autres, aussi est-ce par affection pour Vali que Sohrâb chante aux côté du kamanche de son aîné Vali.

Qechak Turkmène Sahra
Arâz Mohammad Shir-Mohammadli, chant et luth dotâr
Yusef Dibâi, qeychak

Yusef Dibâi au qeychak (vièle à pique) et 'Arâz Mohammad Shir-Mohammadli au chant et au luth dotâr sont tous deux originaires de Gonbad, dans la plaine du Torkaman-sahrâ, à l'est de la mer Caspienne, où vivent la plupart des Turkmènes d'Iran.

Yusef Dibâi, né en 1956 a été formé, dès son jeune âge, au santur (cithare à cordes frappées), puis à l'accordéon et la clarinette. Ce n'est qu'après la Révolution iranienne de 1979 qu'il s'intéresse à la musique turkmène classique et se forme à la pratique du qeychak, instrument de choix des bardes turkmènes et fréquent compagnon du luth dotâr. Issu d'une famille de menuisiers,Yusef Dibâi est aussi un luthier réputé : il fabrique des qeychak et des dotâr.

Depuis vingt ans, il accompagne 'Arâz Mohammad Shir-Mohammadli dans les mariages et se produitaussi dans des concerts en Iran et à l'étranger.

Arâz Mohammad Shir-Mohammadli, né en 1957 est particulièrement représentatif des bardes turkmènes appelés baxshi. Son répertoire va des récits épiques et amoureux aux oeuvres des grands poètes turkmènes, dont le plus célèbre est Makhtum-Qoli Farâqi (XVIIIème siècle). 'Arâz Mohammad recourt à toutes les techniques vocales propres aux Turkmènes. Il use ainsi de plusieurs formes de vocalisation virtuose, visant à imiter la voix des animaux.

Comme la plupart des musiciens iraniens, aussi appréciés soient-ils dans leur pays voire à l'étranger, il ne vit pas de sa musique mais de l’élevage des oiseaux.

Ameneh Youssefzadeh