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• Estonie

POLYPHONIES VOCALES
DES SETO

> Chœur Verska Naase

Lercredi 18 novembre 2015 à 20h
à la Maison des Cultures du Monde

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Dans son introduction au disque Voix des Pays Baltes publié en 1994 par la Maison des Cultures du Monde, l'ethnomusicologue Martins Boiko distingue deux couches successives de musiques populaires : une première couche, archaïque, autochtone, privilégiant la musique vocale sous forme de polyphonies primitives et comprenant des chants de travail, des chants coutumiers liés aux fêtes calendaires et familiales, et une seconde couche qui s'est développée au cours des derniers siècles sous diverses influences étrangères, notamment allemande et polonaise.

À l'écoute de ces voix puissantes et tendues, de ces répons au rythme alerte et soutenu, de ces lignes mélodiques en secondes parallèles, on ne peut s'y tromper, les chœurs de femmes Seto appartiennent à l'évidence à la première couche, celle des traditions autochtones et archaïques. Ceci peut s'expliquer par le fait que les Seto parlant un dialecte sud-estonien et étant de religion orthodoxe russe, ont vécu pendant cinq cents ans isolés des Estoniens majoritairement protestants et des Russes qui ne comprenaient pas leur langue. Ils ont ainsi préservé l’essentiel de leur culture et après le regain qui suivit l'indépendance de l'Estonie en 1991, leur tradition chorale, le leelo, est devenu un pilier majeur de leur identité.

   

Aujourd'hui encore, ces chorales sont surtout féminines, héritage sans doute de ce mode de vie où la femme restait attachée à sa maison, à sa famille et à sa terre tandis que l'homme devait partir courir le monde. Une soliste (killõ) entonne un couplet, dont les dernières syllabes sont reprises pas le chœur (torrõ) qui répète ensuite tout le couplet, puis la soliste ou une autre entonne le second couplet et ainsi de suite. Plutôt que de polyphonie, il serait plus exact de parler d'hétérophonie. Les voix ne s'entrecroisent pas, elles restent généralement parallèles, distantes d'un très court intervalle, sans souci aucun de l’harmonie tonale, et c’est ce qui en fait le charme.

   

Plus qu'un simple répertoire que l'on se transmet de génération en génération, le leelo est un véritable espace de création où l’on célèbre celles qui sont douées avec les mots (sõnoline), les mères du chant (lauluimä). Un monument du village d’Obinitsa leur rend d’ailleurs hommage.

   

Originaire de l’embouchure de la Värska, sur les rives du lac Peipsi qui marque la frontière entre l’Estonie et la Russie, le chœur Verska Naase perpétue une longue tradition de chœurs familiaux ou villageois. Ces femmes, âgées d’une trentaine d’années tout au plus, font revivre les chants de leurs aïeules et font vivre cette tradition par des compositions nouvelles mais respectueuses de cette étonnante grammaire musicale désormais inscrite par l’UNESCO au patrimoine culturel immatériel de l’humanité.

   

Pierre Bois

   

Dans le cadre de la Semaine de la culture Seto.

Avec le soutien du Ministère de la Culture de la République d'Estonie et de l'Ambassade d'Estonie en France.

Dans le cadre du 19ème Festival de l'Imaginaire

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