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• Exposition • Syrie

Sexy souks...

> art contemporain

Du 8 mars au 1er avril 2007
du mardi au dimanche - de 13h à 21h
Point Éphémère
200 quai de Valmy - 75010 Paris

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Dans les ruelles des vieux souks de Damas, la capitale syrienne, non loin de la grande mosquée des Omeyyades, l'oeil du promeneur était attiré, il y a environ une dizaine d'années, par de petites échoppes qui proposaient à la vente des sous-vêtements féminins dignes d'un sex shop parisien. L'effet de surprise était garanti, car on imagine difficilement que de telles « marchandises » puissent être vendues dans un quartier commerçant relativement conservateur, pour ne pas dire religieux. Mais c'est ignorer la coutume, bien traditionnelle et répandue, du « déshabillé » : les femmes se préparent pour accueillir leur mari qui rentre le soir après une journée de travail harassante et portent des tenues affriolantes afin de les mettre « en appétit ». Aujourd'hui, ce ne sont plus quelques petites échoppes autour de la Mosquée des Omeyyades qui vendent ces sous-vêtements ou cette « lingerie » comme on dit en Syrie, utilisant pour cela le terme français, mais plusieurs boutiques qui ont pignon sur rue le long du Souk al Hamidiyé, le fameux vieux bazar de Damas qui mène à la Mosquée. Les sous-vêtements sont beaucoup moins « pornographiques » mais nettement plus délirants, révélant un imaginaire érotique qui n'est pas seulement celui des individus créateurs de modèles mais aussi un reflet d'un imaginaire érotique collectif qui puise dans les dictons et les expressions vernaculaires renvoyant aux diverses appellations du sexe de la femme ou des poils pubiens (nid d'oiseau, chatte, etc…) ou carrément bon enfant (pères Noëls, nounours…) kitsch (téléphones portables, lumières clignotantes), fétichiste (serrures), etc. Les clientes sont de jeunes femmes issues de familles conservatrices de la petite (et moins petite) bourgeoisie de Damas. Elles sont quasiment toutes voilées. Beaucoup viennent ici acheter des sous-vêtements qui feront partie de leurs trousseaux de mariées.

Les « créateurs » de ces modèles sont des hommes, des damascènes fiers de renouveler les « collections » tous les trois mois et de ne jamais proposer les mêmes modèles. Ils sont pour la plupart issus de familles d'industriels damascènes connues pour être conservatrices. Tout est fabriqué à Damas, avec des éléments et des accessoires qui arrivent de Chine (plumes, gadgets…) et exporté dans d'autres pays arabes ou musulmans.

Au-delà du discours sur la place qu'occupe la femme dans la société musulmane, ce qui est intéressant à explorer ici est l'imaginaire érotique en lien sans doute avec un aspect important de la culture des musulmans au sein de la société arabe du Moyen-Orient, à savoir ce paradoxe ou ce va et vient entre des notions contraires, à la recherche d'un équilibre : intérieur/extérieur, dedans/dehors, le caché/le révélé, le visible/l'invisible : qui n'a pas été surpris de voir dans les ruelles sales et quasi insignifiantes d'un quartier d'une vieille médina, une petite porte s'ouvrir révélant le magnifique patio d'un palais, une architecture raffinée et un dallage brillant de propreté ? On peut imaginer la suite.

Beaucoup de questions s'imposent. Par exemple, quelle peut être la notion d'érotisme pour une femme qui a grandi en apprenant à cacher son corps, à ne pas le montrer ni le révéler ? Se déshabiller, même pour son mari, n'est-il pas une violence ? Quelle est la perception de la femme de son propre corps dans une société qui impose l'austérité la plus totale « à l'extérieur » ? (…) D'un autre côté, comment les hommes voient-ils les femmes, les mères de leurs enfants ?
Jusqu'où vont leurs fantasmes ? (…) La religion/loi serait-elle là pour contenir et cadrer cet érotisme ? (…)

Nous avons souhaité explorer cet imaginaire érotique en demandant à de jeunes artistes, femmes, originaires du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord, de réfléchir et de créer à partir de ces sous-vêtements/objets délirants. Il n'est donc pas question ici de prouver quoi que ce soit ou de prétendre apporter des réponses. Mais de tenter une approche, d'explorer et d'essayer de comprendre. Chaque artiste apportera sa réflexion et sa création, avec toutefois un lien avec cette « lingerie ».

Avec des oeuvres de Ghizlane Abadi, Butheina Ali, Zoulikha Benabdellah, Ninar Esber, Eman Ibrahim, Reine Mahfouz, Rana Salam, Majida Khattari, Lamia Ziadé.