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Valid Dagaev

> un barde tchétchène

12 mars 2002
Maison des Cultures du Monde
101 boulevard Raspail - 75006 Paris

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Valid Dagaev est l'héritier de ce que l'on appelait en Tchétchénie un illancha, un chanteur spécialisé dans les chants historiques. Ce répertoire, comme le jeu du luth à trois cordes dechik-pandyr qui l'accompagne, il l'a appris dans son enfance au contact de son père et des amis de celui-ci, lorsqu'ils se réunissaient le soir dans un kolkhoze du Kazakhstan pour évoquer les souvenir de la terre dont ils avaient été exilés en 1944 avec tout le peuple tchétchène. Et son retour à la terre natale, Valid Dagaev le devra justement à la musique : en 1957, Khroutchev accorde aux lauréats du concours "Chansons et danses vaïnakh" l'autorisation de retourner en Tchétchénie. Ce seront les débuts d'une carrière prestigieuse dans le respect de la tradition mais aussi dans l'esprit de création qui est l'apanage de cet art poétique et musical.
Valid Dagaev a offert sa vie et sa musique au peuple pour célébrer sa liberté et ses montagnes imprenables. Son chant, profond et rocailleux, nous fait pénétrer l'âme vaïnakh, celle des valeureux montagnards tchétchènes.

Valid Dagaev naît en 1940 dans ce qui est alors la République autonome d'Ingouchie et Tchétchénie, dans le district de Aldy à Grozny. En 1944, il est déporté au Kazakhstan, dans la région d'Alma Ata (aujourd'hui Almaty), comme tout le peuple tchétchène et ingouche. Sa famille, composée de dix membres, subit le froid des steppes et la faim, qui emportent quatre de ses frères et soeurs.
Le reste de la famille s'installe ensuite dans le village de Kirov, qui appartient au district de Djamboul. Les parents sont alors obligés de travailler au kolkhoze.
À huit ans, il entre en première classe à l'école kazakhe, où il ne reste que quatre ans pour pouvoir aider ses parents au kolkhoze. C'est dans ce cadre qu'il écoute son père et ses amis chanter les montagnes de Tchétchénie et les épopées classiques. C'est également là qu'il se met à jouer de la musique dans le petit groupe de la brigade. Il y apprend à chanter en tchétchène mais aussi en russe, en kazakh et en grec.
En 1957, Khrouchtchev annonce la réhabilitation de la République Tchétchéno-Ingouche. Un concours de "Chansons et danses vaïnakhs" est alors organisé à Alma Ata, donnant le droit aux lauréats de retourner dans leur pays d'origine. Valid Dagaev y participe ainsi que son frère, au sein d'un orchestre traditionnel, dans lequel il deviendra soliste. L'héritage familial, pétri de chansons traditionnelles tchétchènes, permet à Valid et son frère de gagner un aller simple pour la Tchétchénie.

À l'âge de 15 ans, il commence à avoir des problèmes de vue. Il intègre par la suite l'orchestre philharmonique de Tchétchénie. En 1964, peu après la mort de son père, Valid Dagaev est récompensé du titre honorifique d'artiste émérite de la République soviétique socialiste d'Ingouchie et Tchétchénie. En 1967, pour service rendu à la patrie, il est gratifié du titre d'artiste national. En 1974, on l'invite pour une tournée internationale qui l'amène en Syrie, en Israël et au Liban. Quelques années plus tard, il obtient le titre d'artiste émérite de la Fédération de Russie. Il perd définitivement la vue en 1990. Pendant la guerre de 1994-1996, Valid Dagaev perd deux de ses frères. Sa maison, dont il avait fait un musée des récompenses accumulées au fil des années, est bombardée.
Enregistrements, costumes de scène, archives et instruments sont tous détruits à l'exception de son dechik-pandyr. En 1999, une semaine après la mort de sa mère, la seconde guerre éclate. Il est à nouveau contraint de fuir la Tchétchénie. Aujourd'hui, Valid Dagaev vit de nouveau à Grozny. Il n'a plus d'orchestre pour l'accompagner car la plupart des artistes, parmi lesquels des amis, sont morts. Son vieux dechik-pandyr, témoin de toutes ces années d'épreuves, est tout ce qui lui reste de sa vie passée.

Vanessa Raymond

Le répertoire de Valid Dagaev témoigne du constant esprit de création qui a animé la musique tchétchène au cours des cinquante dernières années. Outre quelques mélodies populaires, il interprète des chansons de sa composition ou qui sont l'oeuvre de ses anciens compagnons de route aujourd'hui disparus.
On pourra apprécier la diversité de style de ces chants. Certains font ressortir la composante turke de la tradition musicale tchétchène, particulièrement dans l'intonation et la récitation vocales et dans le jeu du pandyr, typiques de la technique des bardes d'Asie centrale ; d'autres révèlent dans la mélodie une forte influence géorgienne ; enfin, on peut entendre ici et là des thèmes qui rappellent le chant populaire citadin russe des XIXe et XXe siècles.

1. L'héritage de la patrie (M. Mamakaev)
2. L'hirondelle (Z. Suleimanova)
3. L'attente (V. Dagaev/C. Rachidov)
4. Ô ma mère, pardonne-moi (V. Dagaev/C. Rachidov)
5. Donnez-moi de l'eau pure (V. Dagaev/A. Suleimanov)
6. Ô mon dechik-pandyr, ne sois pas triste (V. Dagaev/M. Mamakaev)
7. Dans le jardin (R. Paskaev/C. Rachidov)
8. Le vol des grues (V. Dagaev/C. Satuev)
9. La lune est triste (V. Dagaev/A. Suleymana)
10. Dechik-pandyr (V. Dagaev/M. Mamakaev)
11. Un rêve (V. Dagaev/M. Sulaev)
12. Sur le chemin (chant de chevauchée) (V. Dagaev/A. Suleimanov)
13. Nous laisserons tout aux enfants (V. Dagaev/C. Satuev)
14. Le héros Khavaj (V. Dagaev/C. Satuev)
15. Les héros immortels (V. Dagaev/C. Satuev)
16. Mon voeu (V. Dagaev/C. Aksunukaev)
17. Chant sur l'amour (V. Dagaev/A. Suleimanov)
18. L'automne (V. Dagaev/Tcherkiev)
19. Danse de la jeunesse (V. Dagaev/A. Mamakaev)
20. Je suis tchétchène (M. Dikaev sur une mélodie populaire)
21. Ô temps, arrête-toi (M. Mamakaev sur une mélodie populaire)

Remerciements à Vanessa Raymond, Leila Oumalatova, Macha Danishevskaia, Tatiana Avramenko.