Les prêtres Bissu du Pays bugis sont les représentants d'anciens cultes et croyances pré-islamiques dans cette partie de l'île de Célèbes caractérisée par son syncrétisme religieux. Hommes travestis en femmes, vivant parfois en confrérie très hiérarchisée, détenteurs de récits ésotériques réservés aux seuls initiés, les prêtres Bissu ne sont plus que quelques rares individus à accomplir les anciens rituels de cette partie du nord de l’Indonésie.
Parmi ces rituels figurent la cérémonie propitiatoire loangeng lino (amplification du monde) qui vise à maintenir ou à restaurer une harmonie cosmique menacée ou rompue entre les trois mondes (céleste, terrestre et abyssal) qui forment l’univers. En ce déséquilibre gît, selon les Bugis, la cause de tout malheur, maladie, catastrophe ou désastre pouvant advenir.
Les séquences rituelles se succèdent en combinant présentation d'offrandes, invocations, danses, chants liturgiques et transe. L’extrait choisi expose la danse Séré Lenynye-Lenynye, qui peut se traduire par « Danse de l'être et du non-être », filmée en 2006, à l’occasion de la 10ème édition du Festival de l’Imaginaire. Ses mouvements expriment l'idée que toute vie consiste en une dualité d'aspects antagonistes et complémentaires : l'« être-là » et le « n'être-pas-là », la vie et la mort, la jeunesse et la vieillesse, etc.
Les danseurs et musiciens-officiants sont dirigés par le maître Puang Matao Saïdi, figure incontournable de la communauté jusqu’à son décès en 2011, par son engagement dans la revitalisation et la transmission des savoirs rituels bissus.
Distribution
Avec : Poang Matoa Saïdi, Achmad Beddu, Sitti Karibe, Mase Side, Nani Ambo Tang et Muharrang Dalle ; et les musiciens : Basri Baharuddin Sila, Abdul Bashit, Syamsuddin Bin Sattu, Muhammad Redo Basri.
À partir de textes de Gilbert Hamonic & Christian Pelras que nous remercions
Musiques, danses et rituels : les pouvoirs du son
Depuis ses débuts, la Maison des Cultures du Monde a intégré à sa programmation des formes rituelles et festives, tout particulièrement dans le cadre du Festival de l’Imaginaire, en soulignant la valeur artistique et culturelle de ces expressions — souvent spectaculaires — qui rythment le calendrier de nombreuses sociétés. Plus qu’une trame sonore et gestuelle qui rythme son déroulé, la dimension musicale et chorégraphique de ces pratiques participe directement à l’efficacité de l’action, qu’il s’agisse de la cohésion du groupe social ou d’une communication avec des êtres surnaturels. La musique et la danse s’imposent ainsi comme un lien privilégié entre deux mondes.
C'est à ce titre que la Maison des Cultures du Monde propose, dans le cadre de sa saison 2021, le cycle thématique « Musiques, danses et rituels : les pouvoirs du son », qui comprendra des rencontres, des conférences et des contenus numériques.