L'alpinisme

Lors de sa quatorzième session (14.COM), à Bogotá (Colombie) du 9 au 14 décembre 2019, le Comité intergouvernemental de sauvegarde du PCI (Unesco) a inscrit l'alpinisme sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Il s'agit du 18e élément inscrit pour la France sur les listes du PCI de l'UNESCO.

Ce dossier multinational a été présenté conjointement par la France, l'Italie et la Suisse.

Historique

C'est en 2011 que les maires de Chamonix (France) et de Courmayeur (Italie) ont envisagé, portés par les habitants de leurs communes respectives, de faire reconnaître les valeurs de solidarité et d'exigence de l'alpinisme ; les alpinistes suisses ont rejoint le projet en 2017. Composée d'amateurs, de formateurs fédéraux et de professionnels, la communauté porteuse de la démarche est extrêmement nombreuse, estimée à 700 000 praticiens au total à l'échelle des trois pays, parmi lesquels on peut compter 5000 guides. Cette approche culturelle de l'alpinisme et de ses valeurs spécifiques a été portée en particulier par les organisations d'alpinistes, tels que les clubs alpins nationaux (Fédération française des clubs alpins et de montagne, Club alpin suisse, Club alpin italien) et les associations nationales des guides (Association suisse des guides de montagne, Syndicat national des guides de montagne, Collegio nazionale delle guide alpine italiane), avec le soutien des villes de Chamonix et de Courmayeur et du canton du Valais, la collaboration scientifique de l'université de Genève et l'accompagnement technique du ministère français de la Culture, du ministère italien des Biens culturels et de l'Office fédéral suisse de la Culture. 

La démarche veut sensibiliser à la baisse continue de la pratique, qui risque de toucher l'activité des écoles de montagne, au réchauffement climatique, qui rend la montagne plus dangereuse et interdit l'accès à certains des itinéraires classiques, et aux nouvelles habitudes de pratiquants plus jeunes et éloignés de l'esprit de cordée traditionnelle. 

La reconnaissance obtenue est essentielle à la mise en œuvre des mesures de sauvegarde envisagées : sensibilisation en direction de nouveaux publics, protection des alpinistes et des guides de haute montagne face aux risques de mise en danger de leur activité, prévention des risques liés à la banalisation des pratiques et de leurs lieux d'exercice, renforcement de la veille préventive face aux atteintes à l'environnement et mesures de durabilité des refuges.

L'alpinisme

L’alpinisme est l’art de gravir des sommets et des parois en haute montagne, en toutes saisons, en terrain rocheux ou glaciaire. Il fait appel à des capacités physiques, techniques et intellectuelles et se pratique en utilisant des techniques adaptées, du matériel et des outils très spécifiques comme les piolets et les crampons. Il s’agit d’une pratique physique traditionnelle qui se caractérise par une culture partagée, regroupant la connaissance de l’environnement de la haute montagne, l’histoire de la pratique et des valeurs qui lui sont associées, et des savoir-faire spécifiques. L’alpinisme requiert également des connaissances sur l’environnement, les conditions climatiques changeantes et les risques naturels. Il s’appuie aussi sur des références esthétiques, les alpinistes étant attachés à l’élégance du geste dans l’ascension, à la contemplation des paysages et à la communion avec les milieux naturels traversés. La pratique mobilise en outre des principes éthiques reposant sur les engagements de chacun, notamment à ne laisser aucune trace de son passage et à porter secours aux autres praticiens. L’esprit d’équipe, symbolisé par la cordée, est un autre élément essentiel de la mentalité des alpinistes. La plupart des membres de la communauté appartiennent à des clubs alpins, qui diffusent les pratiques alpines dans le monde entier. Ces clubs organisent des sorties collectives, fournissent des informations pratiques et contribuent à diverses publications. Ce sont donc des vecteurs de la culture de l’alpinisme. Depuis le XXe siècle, les clubs alpins des trois pays cultivent des liens d’amitié en organisant fréquemment des rencontres bilatérales ou trilatérales à divers niveaux.